Cette semaine, le 5 décembre 2024 marquera 30 ans depuis la signature du Mémorandum des garanties de sécurité qui a eu lieu après l’adhésion de l’Ukraine au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, connu en tant que Mémorandum de Budapest.
Co document avant pour but d’assurer à l’Ukraine les garanties de sécurité, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale en échange d’un renoncement au troisième arsenal nucléaire du monde. Le Mémorandum aurait dû devenir une étape cruciale dans le cadre de l’appui quant au désarmement nucléaire et servir d’exemple de renoncement aux armements nucléaires pour d’autres pays.
Cependant, en 2014 la Fédération de Russie, qui était un des garants de sécurité de l’Ukraine conformément aux dispositions du Mémorandum de Budapest, a brutalement négligé le document ainsi que le droit international et a lancé son agression contre l’Ukraine qui est devenue une invasion à grande échelle en 2022. Ces actes constituent une violation flagrante du droit international, notamment du Statut de l’ONU, qui oblige les pays à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des autres pays et se fonde sur le principe de non-usage de force et non-menace de l’appliquer.
Le Mémorandum de Budapest n’a pas su conjurer l’agression de la Fédération de Russie en tant que pays-détenteur d’arme nucléaire contre l’Ukraine qui avait renoncé à son arsenal nucléaire. Même les consultations, prévues par le Mémorandum et que l’Ukraine avait à maintes reprises essayé d’initier, n’ont pas vu le jour.
La violation par la Russie du Mémorandum de Budapest a créé un précédent dangereux qui a sapé la confiance envers l’idée même de désarmement nucléaire. En revanche, nous observons actuellement des tentatives déterminées de divers états de mettre en place des arsenaux nucléaires et d’en élargir des existants, à commencer par des pays de la région Indo-Pacifique et du Moyen-Orient et jusqu’à des pays du périmètre euro-atlantique.
La non-application de ses fonctions par le Mémorandum de Budapest a provoqué une recrudescence des dangers sécuritaires non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour d’autres pays et régions, notamment l’Europe, le périmètre euro-atlantique, l’Asie Centrale et l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et la paix internationale en général.
Aujourd’hui le Mémorandum de Budapest signifie l’imprévoyance dans la prise des décisions sécuritaires stratégiques. Il doit servir de rappel aux dirigeants actuels des pays de la communauté euro-atlantique que la solidification de l’architecture européenne sur le compte des intérêts de l’Ukraine, et non pas avec la prise de ceux-ci en considération, est vouée à échec.
Le fait de ne pas donner à l’Ukraine des garanties de sécurité vraies et efficaces est devenu une erreur stratégique dont a pu profiter le Moscou. Cette erreur doit être rectifiée. L’Ukraine doit obtenir des garanties de sécurité claires et juridiquement impératives qui reflètent sa contribution importante au désarmement nucléaire global ainsi qu’au soutien de la paix et sécurité internationales.
Nous nous adressons aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne, en tant que signataires du Mémorandum de Budapest, à la France et à la Chine, en tant que pays y ayant adhéré, et à l’ensemble des pays-parties du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires avec un appel à soutenir l’obtention par l’Ukraine des garanties de sécurité efficaces.
Nous sommes persuadés que la seule réelle garantie de sécurité pour l’Ukraine, ainsi que facteur de dissuasion face à l’agression russe contre l’Ukraine et d’autres pays, c’est une intégration pleine et complète de l’Ukraine dans l’OTAN.
L’expérience décevante du Mémorandum de Budapest étant derrière, nous n’accepterons aucune alternative, remplaçant ou simulacre de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.
L’invitation de l’Ukraine à adhérer à l’OTAN deviendra une contre-force efficace face au chantage russe et fera renoncer le Kremlin à ses illusions quant à la possibilité d’empêcher l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine. Egalement, c’est la seule voie permettant d’arrêter la dissolution des principes clés de la non-prolifération nucléaire et de restaurer la confiance envers le désarmement nucléaire.
Les 30 ans depuis la signature du Mémorandum de Budapest est une bonne occasion pour entreprendre des pas efficaces pour l’adhésion de l’Ukraine au Traité de Washington.